A propos Jean Riedinger

secrétaire de l'OCL Observatoire Chrétien de la Laïcité

Prendre le temps

Comme tous les mou­ve­ments laïques, l’observatoire chré­tien de la laï­ci­té sou­haite la sup­pres­sion du concor­dat en Alsace — Moselle et l’application à ces trois dépar­te­ments fran­çais de la loi de 1905. Nous l’avons fait savoir dans le com­mu­ni­qué de presse sui­vant :
« L’OCL (Obser­va­toire Chré­tien de la Laï­ci­té) se féli­cite de la volon­té de M. Fran­çois Hol­lande, s’il est élu pré­sident de la Répu­blique, d’introduire les articles fon­da­teurs de la Loi de 1905 sur la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État dans la Consti­tu­tion de la Répu­blique Fran­çaise, mais déplore l’information selon laquelle ce can­di­dat se pré­pa­re­rait aus­si à rendre consti­tu­tion­nelle l’exception concor­da­taire en Alsace-Moselle.

Ces excep­tions, dues à des cir­cons­tances his­to­riques par­ti­cu­lières, n’ont plus de rai­son d’être aujourd’hui et doivent donc dis­pa­raître même si pour cela des négo­cia­tions et des étapes peuvent s’avérer néces­saires

L’OCL affirme que c’est la Loi de 1905 qui doit deve­nir la loi de l’ensemble de la Répu­blique fran­çaise »
Comme vous le savez l’OCL regroupe des asso­cia­tions qui font par­tie de la fédé­ra­tion des réseaux du Par­vis : or un groupe impor­tant d’amis alsa­ciens et mosel­lans font par­tie de cette fédé­ra­tion. Cer­tains de ces amis sont proches des idées de l’OCL, mais il faut aus­si recon­naître qu’il y a aus­si des réti­cences de la part de chré­tiens alsa­ciens pour­tant ouverts et pro­gres­sistes. Il y a des rai­sons à ces réti­cences. Une rai­son for­te­ment ins­tru­men­ta­li­sée par les par­ti­sans du main­tien du sta­tu quo est que le sta­tut local ne concerne pas que les cultes, mais d’autres aspects impor­tants de la vie sociale. Cet argu­ment doit être consi­dé­ré et des réponses claires appor­tées, car il n’est pas impos­sible de sépa­rer le pro­blème concor­da­taire des autres ques­tions.
N’oublions pas aus­si que dans tous les autres dépar­te­ments fran­çais les reli­gions sont de fait sub­ven­tion­nées plus ou moins direc­te­ment : entre­tien des églises, réduc­tion d’impôt pour le denier du culte, contrats des écoles, sub­ven­tions aux asso­cia­tions, etc.. Une réflexion s’impose donc aus­si aux asso­cia­tions laïques pour que les lois fran­çaises soient clai­re­ment défi­nies sur tout le ter­ri­toire natio­nal et que nous nous inter­ro­gions sur les rap­ports par­fois mal déli­mi­tés entre culte et culture : opé­ra­tion qui est par­fois assez dif­fi­cile.
L’autre argu­ment est que l’application bru­tale de la loi de 1905 pro­vo­que­rait en Alsace-Moselle des consé­quences finan­cières et donc orga­ni­sa­tion­nelles rudes et à cer­tains égards dif­fi­ciles à sup­por­ter pour des ins­ti­tu­tions reli­gieuses qui jouent un rôle social impor­tant (sur les plans uni­ver­si­taires, huma­ni­taires ou dans les asso­cia­tions de jeunes) et sont habi­tuées à pro­fi­ter de la manne gou­ver­ne­men­tale. Notam­ment cer­taines per­sonnes proches de nous par ailleurs m’ont deman­dé si j’étais prêt à deman­der la sup­pres­sion des res­sources (en fait les salaires) des prêtres, pas­teurs et laïcs (char­gés de famille pour par­tie) sala­riés dans le cadre du concor­dat. Il y a aus­si des pro­po­si­tions claires à faire dans ce domaine pour que des mesures tran­si­toires soient envi­sa­gées.
Il nous est appa­ru que l’application de la loi de 1905 à ces trois dépar­te­ment — qui ne sont pas actuel­le­ment dans l’illégalité, mais dans une situa­tion qui échappe à la Répu­blique laïque que défi­nit la consti­tu­tion, dans la mesure où le béné­fice du concor­dat leur est actuel­le­ment recon­nu par l’État fran­çais-deman­de­rait pour le moins des échanges abou­tis­sant à des pro­po­si­tions sur ces points..
Il en est de même dans d’autres ter­ri­toires où ne s’applique pas la loi répu­bli­caine.
On ne sau­rait donc se conten­ter d’un mot d’ordre dans sa nudi­té qui serait res­sen­ti par les alsa­ciens et les mosel­lans comme un slo­gan pro­vo­ca­teur et peu pro­duc­tif et accep­ter de prendre le temps pour éta­blir la laï­ci­té sur tout le ter­ri­toire fran­çais